Article original paru dans le Journal le Métro- 11 décembre 2020

Par: Olivier Faucher


Les signaux de détresse psychologique chez les demandeurs d’asile sont de plus en plus nombreux, observe un organisme de Montréal-Nord qui lance un cri du cœur pour que les décideurs s’occupent davantage de cette population.

Guertie Dorcil est intervenante chez l’organisme Entre Parents de Montréal-Nord. Celui-ci s’occupe notamment d’aider plus de 300 familles demanderesses d’asile, dont plusieurs habitent le territoire depuis deux ou trois années.

Elle passe plusieurs heures par jour au téléphone pour rassurer ces personnes, pour répondre à leurs questions.

Cette semaine, elle a reçu un appel très inquiétant. Une femme réfugiée, exaspérée de vivre dans l’irrégularité, perdait espoir. «Elle préférait mettre fin à ses jours que de continuer. J’ai dû rester au téléphone pendant plus d’une heure pour essayer de la soutenir.»

Comme de nombreux demandeurs d’asile, cette femme est exclue du programme de régularisation du gouvernement du Québec qui s’adresse seulement aux travailleurs de la santé, sous certaines conditions.

Ce sentiment d’exclusion fait perdre espoir à plusieurs réfugiés, constate l’organisme, et s’est accentué depuis que l’Agence des services frontaliers a repris les expulsions de ceux n’ayant aucun droit légal de rester au Canada.

«La question qu’on se fait poser tout le temps, c’est pourquoi [nous ne sommes pas inclus]? Ils ne peuvent pas ce qu’ils veulent faire. Ils se sentent délaissés par tout le monde. Pour eux, c’est fini. »

La santé mentale atteinte

Le cas de cette femme est l’un de nombreux signaux inquiétants répertoriés par l’organisme quant à l’état psychologique des demandeurs d’asile dans le quartier. «Leur situation se détériore en ce moment, s’inquiète la directrice d’Entre Parents, Isabelle Alexandre. La santé mentale est atteinte.»

En mai, l’un des bénéficiaires de l’organisme s’est suicidé. Une situation que le personnel à bout de souffle craint chaque jour voir se reproduire.

«Parfois, on a tellement de gens à appeler qu’on ne peut pas appeler tout le monde, explique Mme Dorcil. On ne peut pas savoir si tout le monde va bien. Ce sont des choses qui peuvent arriver». L’intervenante est si inquiète de leur situation qu’elle a décidé de travailler pendant toute la période des fêtes pour maintenir le service.

Cri du coeur

Des demandeurs d’asile qui travaillent depuis le début de la pandémie et que Métro a rencontrés espèrent que le gouvernement changera d’avis et leur donnera leur citoyenneté pour reconnaître leur travail.

«Ce n’est pas facile, exprime Rigou, qui travaille de nuit dans une usine de transformation alimentaire. On est fatigués. On a risqué nos vies en travaillant exposé au coronavirus. On veut que le gouvernement s’occupe de nous.»

«Ça nous stresse beaucoup et c’est difficile, vraiment, soutient Eugenia Koko, qui travaille dans un restaurant. Tout le monde travaille et il faut nous aider avec nos papiers.»

Pour Isabelle Alexandre d’Entre Parents, la situation est intenable. «On est essoufflé. Le gouvernement ne finance pas cette cause. On est obligé de travailler d’arrache-pied, de solliciter des dons de gens et de compagnie pour les soutenir.»

La directrice se demande s’il vaut vraiment la peine de laisser autant de gens vivre dans l’incertitude.

«Est-ce que c’est nécessaire d’infliger ce stress-là? Est-ce que c’est ça qu’on est comme société québécoise?»

Appelé à commenter cette situation, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration n’avait pas donné suite à notre demande d’entrevue au moment de la mise en ligne.

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